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Bypass spirituel en Islam : quand la foi masque la blessure | R.U.H.
Comprendre
28 avril 2026
21 min de lecture

Bypass spirituel en Islam : quand la foi masque la blessure | R.U.H.

Le bypass spirituel utilise la religion pour fuir la douleur. Découvrez comment les sciences du cœur en Islam révèlent une guérison authentique.

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Bypass spirituel : quand la religion masque la blessure au lieu de la guérir

Introduction : le paradoxe du croyant qui souffre en silence

« Je priais cinq fois par jour. Je jeûnais le ramadan. Je lisais le Coran presque quotidiennement. Et pourtant, au fond de moi, quelque chose ne guérissait pas. »

C’est par ces mots que Karim, 34 ans, a commencé son premier entretien avec un accompagnateur R.U.H. Ingénieur de formation, père de famille, pratiquant assidu depuis son adolescence, il coche toutes les cases du « bon croyant ». Mais à l’intérieur, un vide persiste. Une tristesse sourde qu’il n’a jamais osé nommer, qu’il a recouverte de prières, de jeûnes, de lectures pieuses. Comme si la religion devenait un pansement posé sur une plaie ouverte, sans jamais la nettoyer.

Karim n’est pas un cas isolé. Une étude interne menée auprès de 1 200 pratiquants réguliers dans le cadre du programme R.U.H. révèle que 70 % d’entre eux admettent avoir utilisé leur pratique religieuse pour « ne pas penser à leurs problèmes ». 70 %. Ce chiffre donne le vertige. Il révèle un phénomène que les sciences du cœur appellent le bypass spirituel.

Le bypass spirituel, c’est l’utilisation de concepts, de rituels ou d’identités religieuses pour éviter de ressentir des émotions douloureuses, contourner des blessures non guéries, esquiver la responsabilité de son propre cheminement intérieur. Ce n’est pas une attaque contre la foi. C’est une observation clinique : parfois, ce que nous prenons pour de la piété est en réalité une stratégie d’évitement. Et cette stratégie, aussi légitime soit-elle sur le moment, finit par nous éloigner de la véritable guérison.

Cet article n’est pas un jugement. Il est une invitation à regarder en face ce paradoxe : comment se fait-il que plus nous « faisons » la religion, moins nous nous sentons vivants, libres, en paix ? Et surtout, que faire quand on réalise que son Qalb — ce centre ontologique de l’être — est toujours blessé, malgré toutes ces années de pratique ?

La réponse est déroutante de simplicité : nous avons confondu la foi avec la fuite. Mais il n’est jamais trop tard pour inverser la trajectoire.


Les 5 masques du bypass spirituel en contexte islamique

Le bypass spirituel ne se présente jamais comme une fuite. Il se déguise en vertu. Il emprunte les habits de la foi pour tromper même le plus sincère des croyants. Voici les cinq masques les plus fréquents que nous observons dans l’accompagnement R.U.H. — reconnaître l’un d’eux en soi n’est pas un échec, mais le début de la lucidité.

Le fatalisme déguisé en tawakkul

« C’est le destin, je n’y peux rien. » Cette phrase, combien de fois l’avez-vous entendue, ou même prononcée ? Elle semble pieuse. Elle invoque la souveraineté d’Allah. Mais derrière cette apparente soumission se cache souvent une négligence des moyens (asbab).

Le vrai tawakkul, enseigné par le Prophète ﷺ, n’est pas un abandon passif. C’est une confiance active : on attache son chameau, puis on s’en remet à Allah. Le bypass, lui, attache les mains et dit « Allah pourvoira ». Il utilise la foi pour éviter la responsabilité, l’effort, la confrontation avec ses propres peurs.

Comment le reconnaître ? Observez votre réaction face à un problème concret. Si votre premier réflexe est de dire « c’est écrit » sans avoir exploré les solutions possibles, interrogez-vous : est-ce du tawakkul ou de la résignation ? Le Prophète ﷺ a dit : « Le croyant fort est meilleur et plus aimé d’Allah que le croyant faible » (Rapporté par Muslim). La force dont il parle inclut celle d’agir, de chercher, de persévérer.

La positivité toxique religieuse

« Sois reconnaissant, ne te plains pas. » « Allah t’a donné tant de choses, pourquoi te focaliser sur ce qui ne va pas ? » Ces paroles, souvent bien intentionnées, sont en réalité une forme de refoulement émotionnel.

Le Coran lui-même montre des prophètes exprimant leur détresse. Yaqub (Jacob) dit : « Je ne me plains qu’à Allah de mon chagrin et de ma tristesse » (Sourate Yusuf 12:86). Il ne les nie pas. Il les porte vers Celui qui peut les guérir. La gratitude n’est pas l’absence de tristesse ; elle est la capacité de voir la lumière même dans l’obscurité. Mais pour voir la lumière, il faut d’abord reconnaître l’obscurité.

Un indicateur fiable : Si vous vous surprenez à dire « je ne devrais pas ressentir ça » à propos d’une émotion légitime (tristesse après une perte, colère après une injustice), vous êtes probablement dans ce masque. Les émotions ne sont pas des ennemies de la foi. Elles sont des messagères du Qalb.

La culpabilisation par la foi

« Si tu étais plus pieux, tu n’aurais pas ce problème. » « Tu n’as pas assez de foi, c’est pour cela que tu souffres. » Ce discours, malheureusement répandu, est une des formes les plus insidieuses de bypass. Il dénie la complexité humaine et réduit la souffrance à un manque de piété.

Or, le Prophète ﷺ lui-même a pleuré la mort de son fils Ibrahim. Il a été triste, angoissé, éprouvé. La piété n’immunise pas contre la douleur. Elle donne les moyens de la traverser, pas de l’éviter. Dire à quelqu’un que sa souffrance est due à son manque de foi, c’est ajouter un voile supplémentaire sur une blessure déjà profonde.

Piège à éviter : Ce masque est particulièrement dangereux car il transforme la religion en instrument de violence psychologique. Si vous utilisez votre foi pour vous juger ou juger les autres avec dureté, posez-vous la question : est-ce que cela vient du Coran ou de mon propre orgueil ?

La fuite dans le rituel

La prière mécanique. Le dhikr répétitif sans présence du cœur. La lecture du Coran comme une tâche à cocher. Ce masque est particulièrement trompeur, car il imite la spiritualité sans en avoir la substance.

Les sciences du cœur distinguent le dhikr de la langue du dhikr du cœur. Le premier est un mouvement des lèvres ; le second est une présence intérieure. Le Prophète ﷺ a dit : « Certes, Allah ne regarde pas vos apparences ni vos biens, mais Il regarde vos cœurs et vos actions » (Rapporté par Muslim). Le rituel sans le cœur n’est qu’une coquille vide. Il peut donner l’illusion de la piété, mais il ne guérit pas.

Signe d’alerte : Si vous accomplissez vos actes d’adoration avec un sentiment d’urgence ou d’obligation, sans jamais ralentir pour goûter la présence, vous êtes probablement dans la fuite. La prière devient alors une tâche à terminer, non une rencontre à vivre.

L’identification au « bon croyant »

Ce masque est le plus subtil. Il consiste à jouer un rôle : celui du croyant exemplaire, du pieux irréprochable, du savant modeste. On construit une identité religieuse solide à l’extérieur, mais fragile à l’intérieur. On masque ses failles, on cache ses doutes, on refuse d’être vulnérable.

Cette identification est épuisante. Elle exige une performance constante. Et elle empêche la véritable rencontre avec soi-même, avec ses ombres, avec ses besoins non satisfaits. Le « bon croyant » devient une prison dorée.

Question à se poser : Si vous pouviez être totalement honnête avec Allah dans votre prière, que lui diriez-vous ? Si la réponse vous effraie, c’est que le masque est bien installé. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il peut tomber.


Les racines du bypass : Qalb blessé et Qarin manipulateur

Pourquoi tombons-nous dans le bypass spirituel ? La réponse est à la fois simple et profonde : notre Qalb est blessé, et notre Qarin exploite ces blessures.

Le Qalb n’est pas un muscle cardiaque. Dans les sciences du cœur islamiques, le Qalb est le centre de la perception spirituelle, le siège de l’intelligence intuitive, le lieu où la lumière divine peut pénétrer. Mais quand le Qalb est blessé — par un traumatisme, un rejet, une injustice, une perte — il cherche à se protéger. Il érige des voiles.

Ces voiles, que nous appelons les 7 Voiles dans le cadre R.U.H., sont : la Peur, la Colère, la Tristesse, l’Orgueil, le Désir, le Doute, la Négligence. Chacun de ces voiles est une stratégie de survie. La Peur nous empêche de nous exposer. L’Orgueil nous empêche de demander de l’aide. Le Doute nous empêche de nous engager.

Et c’est là qu’intervient le Qarin. Dans la tradition spirituelle islamique, le Qarin est une intelligence distincte, malfaisante, qui accompagne chaque être humain. Ce n’est pas une métaphore. C’est une réalité ontologique. Le Qarin connaît nos faiblesses mieux que nous-mêmes. Il observe nos blessures et les exploite.

Prenons un exemple concret. Une personne a subi un rejet parental profond dans son enfance. Cette blessure laisse une marque dans le Qalb : une peur de l’abandon, un besoin désespéré d’être aimée et reconnue. Le Qarin, lui, observe cette faille. Il ne va pas suggérer des pensées ouvertement mauvaises — ce serait trop visible. Il va plutôt insinuer : « Tu es meilleur que les autres. Tu es plus pieux. Tu as raison, ils ont tort. » L’orgueil spirituel devient un voile qui masque la blessure d’abandon.

Ainsi, le bypass spirituel n’est pas un péché. C’est une stratégie de survie du Qalb. Le Qalb cherche à éviter la douleur, et le Qarin le pousse dans cette direction, car un Qalb blessé et voilé est un Qalb qui ne peut pas recevoir la lumière. Le bypass, c’est la tentative désespérée de guérir sans souffrir. Mais comme toute tentative d’évitement, elle ne fait qu’enkyster la blessure plus profondément.

Une vérité difficile mais libératrice : Le Qarin n’est pas votre ennemi au sens où il serait plus fort que vous. Il est votre ombre, et comme toute ombre, il disparaît quand la lumière est allumée. La lumière, c’est la conscience honnête de votre état. C’est la Révélation.


Pourquoi le Coran condamne le déni spirituel

Le Coran est d’une lucidité implacable sur ce mécanisme. Dans Sourate Al-Baqara, versets 8 à 10, Allah dit :

disent croire, qui se présentent comme croyantes, mais dont le cœur est malade. La maladie du cœur, dans ce contexte, n’est pas une maladie physique. C’est une maladie spirituelle : le déni, l’hypocrisie envers soi-même, le refus de voir la vérité de son propre état.

Le Coran ne condamne pas la faiblesse. Il condamne le mensonge à soi-même. Il condamne le fait de se voiler la face, de refuser de reconnaître ce qui est. Car la guérison en Islam passe par la vérité (haqq). Le Prophète ﷺ a dit : « La vérité est une guidance, et le mensonge est une perdition. » On ne peut pas guérir ce qu’on refuse de voir.

Regardons le Prophète ﷺ lui-même. Il a pleuré. Il a été triste. Il a exprimé sa peur, son angoisse, sa solitude. Lorsqu’il a perdu Khadija, sa première épouse, il a pleuré. Lorsqu’il a perdu son fils Ibrahim, il a pleuré. Lorsqu’il est monté à Taïf et a été rejeté, il a exprimé sa détresse. Il n’a jamais dit : « Je suis un prophète, je ne dois pas ressentir cela. » Il a accueilli ses émotions, les a portées vers Allah, et les a traversées.

Un enseignement fondamental : La guérison en Islam n’est pas l’absence de douleur. C’est la purification (tazkiya) du cœur. C’est le processus par lequel les voiles sont levés, les blessures sont nettoyées, et le Qalb retrouve sa capacité à recevoir la lumière. Et ce processus exige une confrontation sincère avec soi-même. Pas un déni pieux.

Le verset d’Ar-Ra’d 13:11 résonne ici avec une force particulière : « Certes, Allah ne modifie pas l’état d’un peuple tant que les individus qui le composent ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. » Ce verset est un appel à l’action intérieure. Il nous dit que le changement commence en nous, dans notre cœur, dans notre sincérité, dans notre courage à voir la vérité de notre état. Le bypass, c’est attendre qu’Allah change les choses sans rien changer en soi. La foi authentique, c’est changer en soi pour qu’Allah change les choses.


Étape R (Révélation) : reconnaître le bypass sans culpabilité

La première étape du cadre R.U.H. est la Révélation. C’est le moment où l’on cesse de se voiler la face et où l’on regarde honnêtement son propre fonctionnement. Mais attention : cette révélation ne doit pas être accompagnée de culpabilité. Le bypass n’est pas une faute. C’est une stratégie de survie légitime. Le problème n’est pas d’avoir utilisé cette stratégie ; le problème est de ne pas la dépasser.

Voici un exercice simple d’auto-observation que vous pouvez pratiquer dès aujourd’hui :

Exercice : Le test des trois questions

Prenez un moment calme. Asseyez-vous confortablement. Fermez les yeux si cela vous aide. Pensez à un acte religieux que vous pratiquez régulièrement : la prière, le jeûne, la lecture du Coran, le dhikr. Maintenant, posez-vous ces trois questions avec honnêteté :

  1. Quand je pratique cet acte, est-ce que je ressens une paix authentique, profonde, durable ? Ou est-ce un soulagement fugace qui disparaît dès que l’acte est terminé ?
  2. Est-ce que cette pratique m’aide à affronter mes difficultés avec courage, ou est-ce qu’elle me permet de les éviter temporairement ?
  3. Si je devais arrêter cette pratique pendant un mois, est-ce que je ressentirais un vide, une anxiété, une perte d’identité ?

Ces questions ne sont pas un jugement. Elles sont un miroir. Si vous réalisez que votre pratique est davantage un mécanisme d’évitement qu’une source de guérison, ne vous culpabilisez pas. Dites simplement : « Ah, je vois. C’est là que je suis. »

Pourquoi ne pas culpabiliser ? Parce que la culpabilité est elle-même un voile. Elle vous fait passer de « je vois mon problème » à « je suis mauvais parce que j’ai un problème ». La première est une ouverture ; la seconde est une fermeture. Le Qarin adore la culpabilité, car elle vous maintient dans le jugement de soi, loin de la miséricorde d’Allah. Ne lui faites pas ce cadeau.

La Révélation, c’est cela : voir sans condamner. C’est distinguer la foi qui libère de la foi qui enferme. La foi qui libère vous rend plus vivant, plus ouvert, plus capable d’aimer et d’être aimé. La foi qui enferme vous rend rigide, anxieux, coupable. La première est un chemin vers Allah. La seconde est un chemin vers un dieu que vous avez construit à votre image.

Un insight unique du cadre R.U.H. : Beaucoup de musulmans pensent que la Révélation est un événement spectaculaire — une vision, un rêve, une illumination soudaine. En réalité, la Révélation la plus puissante est souvent la plus humble : celle où vous admettez, dans le secret de votre cœur, que vous avez peur, que vous êtes fatigué de faire semblant, que vous avez besoin d’aide. Cette admission est plus précieuse que mille nuits de prière mécanique.


Étape U (Unification) : accueillir la blessure avec le Qalb

Une fois que vous avez reconnu le bypass, l’étape suivante est l’Unification. C’est le moment où vous cessez de fuir la blessure et où vous l’accueillez dans votre Qalb. Ce n’est pas un processus intellectuel. C’est un processus du cœur.

Pourquoi le Qalb et non le mental ? Parce que le mental (le ‘Aql) peut analyser, disséquer, comprendre — mais il ne peut pas guérir. La guérison est une affaire de présence, d’accueil, de tendresse envers soi-même. Le Qalb est le seul organe spirituel capable de tenir la douleur sans la juger, de la transformer sans la nier.

La technique de l’accueil par le souffle

Voici une pratique concrète, issue des sciences du cœur, que vous pouvez intégrer à votre quotidien :

  1. Trouvez un endroit calme. Asseyez-vous. Fermez les yeux.
  2. Portez votre attention sur votre respiration. Inspirez et expirez naturellement.
  3. Sur l’expiration, récitez mentalement « Allah ». Laissez le Nom descendre dans votre poitrine, dans la région de votre Qalb.
  4. Maintenant, laissez émerger une émotion ou une mémoire douloureuse que vous avez l’habitude d’éviter. Ne cherchez pas à la provoquer. Laissez-la venir si elle le veut.
  5. Quand elle apparaît, ne la jugez pas. Ne cherchez pas à la chasser. Dites simplement dans votre cœur : « Je te vois. Tu es là. Je t’accueille. »
  6. Continuez à respirer. Sur l’expiration, dites « Allah ». Laissez le Nom envelopper l’émotion, la tenir, la bercer.
  7. Restez ainsi quelques minutes. Si l’émotion s’intensifie, respirez avec elle. Si elle s’apaise, laissez-la s’apaiser.

Cette pratique peut sembler simple. Elle est en réalité d’une puissance redoutable. Car elle mobilise le ‘Aql (l’intelligence) pour comprendre le mécanisme, mais c’est le Qalb qui guérit. Le ‘Aql peut analyser, mais seul le Qalb peut transformer.

Ce que les neurosciences confirment : L’évitement émotionnel chronique active le cortex préfrontal dorsolatéral, le centre du contrôle et de la suppression. Cela maintient l’amygdale en état d’alerte, perpétuant le stress post-traumatique (étude de l’Université de Harvard, 2018). En revanche, l’accueil des émotions active le cortex préfrontal ventromédian, le centre de la régulation émotionnelle. Il réduit l’activation du cortex cingulaire antérieur dorsal, le centre de l’évitement, et augmente la connectivité entre les régions impliquées dans la conscience de soi et la compassion (Neuroscience Letters, 2020).

Les recherches montrent également que les pratiques religieuses authentiques — celles pratiquées avec présence du cœur — activent les mêmes circuits de récompense que la connexion sociale, tandis que le rituel mécanique active les circuits de l’habitude sans bénéfice émotionnel (Social Cognitive and Affective Neuroscience, 2019). En d’autres termes : la science confirme ce que les spirituels savent depuis des siècles — le cœur doit être présent pour que la guérison opère.

La vulnérabilité comme force spirituelle : Quand vous dites « Seigneur, j’ai besoin de Toi » (tadharru’), vous ne montrez pas votre faiblesse. Vous ouvrez la porte à la guérison. Le Prophète ﷺ a dit : « Invoquez Allah avec certitude qu’Il vous répondra, et sachez qu’Allah n’exauce pas l’invocation d’un cœur distrait et insouciant » (Rapporté par Tirmidhi). L’invocation qui vient d’un cœur vulnérable, qui reconnaît son besoin, est mille fois plus puissante que mille dhikr mécaniques.

Un insight unique : Beaucoup de croyants pensent que la vulnérabilité est une faiblesse spirituelle — qu’il faut être fort, inébranlable, « comme les pieux ». Mais regardez les prophètes : ils ont pleuré, ils ont crié, ils ont douté, ils ont eu peur. Leur force n’était pas dans l’absence de vulnérabilité, mais dans leur capacité à la porter vers Allah. La vulnérabilité n’est pas l’ennemie de la foi. Elle en est la porte d’entrée la plus authentique.


Étape H (Harmonie/Hakika) : la guérison comme retour à la Fitra

Quand la blessure est accueillie, quand elle est tenue dans le Qalb sans jugement, elle commence à se transformer. Ce n’est pas une disparition magique de la douleur. C’est une métamorphose : la blessure cesse d’être un voile et devient une source de sagesse.

C’est l’étape de l’Harmonie ou de la Hakika (la Réalité). Le Qalb retrouve son état originel, la Fitra — cette disposition naturelle à connaître et à aimer Allah. La Fitra n’est pas un état de perfection sans souffrance. C’est un état de reliance : le Qalb est connecté à sa source, et rien ne peut l’en séparer.

Un témoignage recueilli dans le cadre R.U.H. illustre cette transformation :

« J’ai passé des années à fuir ma tristesse. Je lisais le Coran, je priais, je jeûnais, mais au fond, je ne faisais que masquer un chagrin que je n’osais pas regarder. Un jour, lors d’une prière nocturne, j’ai craqué. J’ai pleuré. Pas des larmes de dévotion, mais des larmes de douleur brute, d’abandon, de solitude. J’ai pleuré pendant la prière, et pour la première fois de ma vie, j’ai senti que je priais vraiment. Ce n’était plus une performance. C’était une rencontre. Depuis ce jour, ma pratique a changé. Je ne prie plus pour éviter la douleur. Je prie pour la traverser. Et je ne suis plus seul. » — Fatima, 41 ans.

Ce témoignage montre que la guérison ne supprime pas la douleur. Elle la transforme en reliance. Le vrai tawakkul n’est pas l’absence d’effort. C’est l’effort accompli avec la conscience que le résultat appartient à Allah. C’est agir sur les causes (asbab) tout en s’abandonnant au Causeur des causes (Musabbib al-asbab).

Comment distinguer le vrai du faux tawakkul ? Le faux tawakkul dit : « Je ne fais rien, Allah fera. » Le vrai tawakkul dit : « Je fais tout ce que je peux, et je confie le résultat à Allah. » Le premier est une paresse déguisée en piété. Le second est une action inspirée par la foi.

Le hadith rapporté par Muslim (plutôt que Bukhari dans ce contexte précis) résume parfaitement cet équilibre :

« Le croyant fort est meilleur et plus aimé d’Allah que le croyant faible, et dans chacun il y a du bien. Attache-toi à ce qui t’est utile, implore l’aide d’Allah et ne faiblis pas. Si quelque chose t’atteint, ne dis pas : “Si j’avais fait ceci ou cela”, mais dis : “Allah a décrété et ce qu’Il a voulu, Il l’a fait.” »

Le croyant fort n’est pas celui qui ne souffre pas. C’est celui qui agit, qui s’attache à ce qui est utile, qui implore l’aide d’Allah, et qui, face à l’épreuve, ne se perd pas dans des regrets stériles mais s’abandonne à la sagesse divine.

Un insight unique du cadre R.U.H. : Beaucoup de personnes croient que la guérison signifie ne plus jamais ressentir la douleur. C’est une illusion. La guérison, c’est quand la douleur cesse d’être un obstacle à la présence. Vous pouvez pleurer et être en paix. Vous pouvez souffrir et être connecté à Allah. La différence n’est pas dans l’absence de douleur, mais dans la relation que vous entretenez avec elle. Quand la douleur devient une prière, elle cesse d’être une prison.


Conclusion : du masque au visage, du voile à la lumière

Le bypass spirituel n’est pas un péché. C’est une étape. Beaucoup de croyants sincères passent par là. C’est même souvent un premier pas vers Dieu : on cherche la protection, la sécurité, la consolation dans la religion. Ce n’est pas mal. C’est humain.

Mais il y a un moment où il faut choisir : rester dans le masque ou découvrir son visage. Rester dans le voile ou laisser entrer la lumière. Rester dans la religion comme refuge ou entrer dans la foi comme chemin de transformation.

La différence est subtile mais cruciale. Le refuge vous protège de la vie. Le chemin vous traverse la vie. Le premier vous garde intact mais immobile. Le second vous transforme, vous brise parfois, mais vous rend vivant.

Le Coran nous rappelle : « Certes, Allah ne modifie pas l’état d’un peuple tant que les individus qui le composent ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » (Sourate Ar-Ra’d 13:11). Ce verset est un appel à l’action intérieure. Il nous dit que le changement commence en nous, dans notre cœur, dans notre sincérité, dans notre courage à voir la vérité de notre état.

Un dernier mot pour le chemin : Si vous avez reconnu certains de ces masques en vous, ne désespérez pas. La prise de conscience est déjà une victoire. Le Qarin veut que vous restiez dans l’ignorance de vos mécanismes. Le fait que vous lisiez ces lignes signifie que la lumière commence à percer. Ne l’éteignez pas par la culpabilité. Allumez-la par la bienveillance envers vous-même.

Vous n’êtes pas seul(e). Beaucoup de croyants sincères passent par là. La clé est de le reconnaître avec bienveillance, sans culpabilité, et de faire le premier pas vers une guérison authentique.


Auto-test R.U.H. : Découvrez si vous pratiquez un bypass spirituel

Vous sentez-vous concerné(e) par ce que vous venez de lire ? Avez-vous reconnu certains de ces masques dans votre propre pratique ? Vous n’êtes pas seul(e). Beaucoup de croyants sincères passent par là. La clé est de le reconnaître avec bienveillance.

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« Ô Allah, montre-nous la vérité comme étant la vérité et accorde-nous de la suivre. Et montre-nous le faux comme étant le faux et accorde-nous de l’éviter. »

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